Chaque peuple, selon son histoire, son environnement, son ascendance, son vécu quotidien et de son degré de développement spirituel, a sa manière de comprendre la vie, les divinités et les anges. L'Afrique noire, toujours clouée au pilori, traînée aux gémonies, c'est de là que viennent les haïtiens à qui l’on veut faire croire qu’ils sont de culture inférieure par rapport aux autres peuples.
En effet, grâce à leur folklore, les descendants africains déportés à Saint Domingue ont pu créer leur propre religion qui a su rassembler tous ceux qui vont par la suite être appelés les haïtiens. Ceux, qui ont été esclaves depuis quatre siècles et à qui on faisait croire qu’ils étaient des sous-hommes ont eu raison de l’armée napoléonienne qui était la plus grande armée de l'époque et ont fondé une nation avec l’adoption de leur propre religion dénommée vodou. C’était plutôt bien parti pour une masse d’esclaves qui n’était même pas considérée comme des êtres humains à l'époque.
Malheureusement, on a utilisé une forme d’ostracisme contre ce peuple fraîchement indépendant qui allait s'avérer violent et disproportionné surtout à cause de la pigmentation foncée de leur peau. Ils allaient être attaqués sur tous les fronts notamment à l'intérieur même de leur religion et de leur système éducatif.
Cette religion devait être détruite pour ne pas donner le mauvais exemple de liberté aux autres ethnies opprimées de la région et à travers le monde. Surtout, à l'intérieur de cette religion, il existe un tas de rituels non conformes aux cérémonies religieuses des civilisations colonisatrices, notamment la fête des guédés qui est une fête syncrétique avec tous ses critères relatifs à la patrimonialisation. La fête des guédés est avant tout une manifestation culturelle à travers laquelle les haïtiens honorent leurs morts comme partout dans le monde chaque peuple à sa manière d’honorer leurs morts. En quoi la manière dont les haïtiens organisent leurs rituels est-elle dérangeante?
Sous prétexte de faire la guerre contre l'idolâtrie et les cultes sataniques, ces grandes nations qui avaient déjà une religion bien établie se sont liguées et ont menées des campagnes de dénigrement sans merci contre les pratiques culturelles du peuple haïtien, amenant même une partie du peuple à renier ses racines, son âme et ses aspirations pour adopter d’autres pratiques culturelles qui ne sauraient remplacer la véritable essence de l’être haïtien qui est foncierement vodouesque.
Cela va si loin que même la loi haïtienne ne protège plus les adeptes du vodou en abrogeant l'article 297 de la constitution de 1987 qui leur garantissait le droit d’exercer leur croyance à travers le culte de leurs ancêtres et de leurs dieux. La traque des adeptes du vodou continue aujourd’hui encore sous d’autres formes. En plus, cette loi n’a jamais été remplacée par une autre loi plus novatrice.
Le folklore d’un peuple est son principal outil d'évolution et de développement. Le perdre est synonyme de résignation, d’acceptation de vivre dans la soumission et dans l’ignorance, car selon Mr.Paul Rivet “ le folklore est tout ce qui survit dans une société évoluée de coutumes, de vie, de traditions, de croyances appartenant à un stade ancien de civilisation”. C’est-à-dire que, le folklore d’un peuple est l’expression de sa vie materielle et immaterielle, c’est en peu de mots, dire l’importance considérable que revêt le folklore dans la construction d’une nation. D’autant plus qu’etymologiquement le vocable folklore est composé de deux mots anglais FOLK et LORE qui traduisent “PEUPLE et SAVOIR”. Donc, le mot folklore est un tout collectif qui est fonction des croyances, d'héritages et de mythologie, ces trois concepts sont à la base de la fondation de toute nation.
Avec l’entretien et la mise en valeur de notre folklore nous pourrions résoudre tous les problèmes les plus urgents que nous rencontrons dans notre société d'aujourd'hui. Si nous prenons par exemple le problème de reboisement du territoire.
Ordinairement, les haïtiens croient que les loas habitent dans les arbres et dans les sources d’eau, leur respect à cette croyance leur empêcherait de recourir à la déforestation que les citoyens pratiquent à outrance, les sources d’eau seraient protégées, les terres arables ne videraient plus à la mer et le problème de l’environnement serait résolu. Une fois le problème de l’environnement résolu, les récoltes enregistreraient moins de pertes et les fermes seraient truffées d’animaux.
Souvent on reproche aux manifestations des guédés leurs méthodes grivoises, on ne voit pas que c’est leur manière à eux de dénoncer l'hypocrisie de la société qui vit une sorte de grivoiserie en sourdine et de passer en dérision les conventions sociales qui interdisent certaines choses en publique pendant qu'on les pratique en cachette. C’est une philosophie proche de celle du philosophe grec Diogène qui s'élevait contre les pratiques conventionnelles de sa société de l'époque.
En définitive, Haiti est une terre de liberté comme s’est préconisé dans la constitution, tout le monde à le droit d’adopter la religion qui lui plait, mais personne n’a le droit de dénigrer la religion ancestrale qui nous a permis de nous libérer des chaines de l’esclavage sur le champ de bataille.
