mercredi 26 octobre 2016

Dernier cri -Je ne gouverne pas, par Joseph Vilanes

Je ne gouverne pas, 
et pourtant je sens sur mon dos le poids d'Haïti, mon pays qui s’enfonce de plus en plus.
Je ne gouverne pas, 
mais c’est moi qui croise le regard flétri et désespéré des mendiants qui m’assaillent de partout dans les rues.
Je ne gouverne pas,
mais c’est sur ma route que sont ceux qui vivent de plus en plus bas,  dans les antres infernales.
je ne gouverne pas,
mais ce sont mes yeux qui doivent tous les jours croiser ces milliers d'affamés amers et résignés parcourant les rues sans destination.
Oui je les vois tous les jours dans les rues, avec les lèvres asséchées et recouvertes de cette substance a la couleur blanchâtre. 
Tous les jours ces gens-la me demandent à moi de leur venir en aide, hélas! Je n’ai rien qui puisse apaiser leurs souffrances sinon que des mots de réconforts, qui suis-je?
Ceux qui sont réellement gouvernants ne connaissent peut-être pas et ne sentent probablement  pas le poids de ce fardeau sur leurs dos.
Et pourtant ils prétendent gouverner, ils sont là, insouciants et cupides.
Croyez moi mes amis, ce poids est sur mon dos malgré moi et il m’est impossible de le déposer. 
Je ne gouverne pas,
mais je ne peux empêcher mon regard de tomber sur les déboires d’un peuple meurtri et délaissé, et je ne peux arrêter mon esprit de penser à ces êtres oubliés des puissants et de ses propres enfants.
Je ne gouverne pas, 
mais je me sens mal, et j’en ai marre de ne rien pouvoir faire, même leur donner une raison d'espérer.
Je souffre dans mon âme, dans ma chair et jusque dans mes os languissants.
Car, je vis dans cette prison là où les circonstances imposent ce tableau horrible et déplaisant à ma vue.
Je ne gouverne pas,
mais j’ai cette envie en moi de pouvoir leur venir en aide, hélas! Je n’y peux rien pour ces gens-là qui sont les citoyens authentiques de mon pays.
Je ne gouverne pas,
mais je ressens le poids des bêtises de mes frères haïtiens qui dirigent et administrent notre territoire reposer sur mon dos.
Je ne gouverne pas,
mais je me sens coupable et ma conscience n’est jamais en paix à cause de cette désillusion qui n’en finit jamais.
Je ne gouverne pas,
mais je portes le poids des péchés des irresponsables de mon pays.
Je ne gouverne pas,
mais je paie le prix des échecs répétés de mes frères qui ne pensent pas mais qui gouvernent malgré eux.
Leurs âmes ont été vendues, leurs  maisons ont été transformées en des forteresses, leurs véhicules teintés de noirs obstruant leurs vues rendant ainsi leurs esprits opaques.
Donc, ils ne savent rien, ils n’entendent rien, ils ne voient rien, ils ne peuvent avoir aucun jugement réaliste, et ils l’ont fait exprès.
Ils se sont débrouillés pour garder leurs yeux bandés, boucher leurs oreilles et endurcir leurs coeurs afin de ne plus être capable de compatir aux douleurs de leurs frères les plus faibles.
Je ne gouverne pas,
mais c’est moi qui n’arrive pas a avoir de sommeil avec les vacarmes silencieux de ces gens qui ne cessent de crier au secours.
Je ne gouverne pas,
mais c’est moi qui reçoit toutes ces doléances sans pouvoir les satisfaire.
Je ne gouverne pas,
mais mes pensées sont à tout bout de champ à la recherche de solutions pour ces équations impossibles à appliquer même lorsqu’on  parvient à les résoudre.
Je ne gouverne pas,
et pourtant mes inquiétudes ne cessent de grandir chaque jour en regardant disparaître sous mes yeux toutes ces valeurs, exilées, déportées et détruites de manière gratuite.
Je ne gouverne pas, 
et pourtant je me sens responsable aussi de cette situation de désespoir qui règne dans le coeur de notre jeunesse et l’amertume dans le coeur de nos vieux.
Je ne gouverne pas,
et pourtant je porte ce fardeau tous les jours.
Je ne gouverne pas, 
mais je constate avec toutes mes frustrations le dépérissement de notre environnement et je ressens la douleur de notre flore et de notre faune.
Malheureusement, ces vers dévastateurs ont déjà attaqué le tronc de notre arbre de la liberté parce qu’il n’y a plus de feuille à grignoter, les laisserons-nous abattre notre arbre mère?


Auteur: JOSEPH Vilanes,  Certifié en Psychologie/ musicologue






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