« L’ennemi principal ». C’est le titre d’un ouvrage écrit par Christine Delphy. Dans ce texte, elle pose le problème de l’oppression des femmes dans nos sociétés.
Dans un premier temps, elle s’intéresse à attirer l’attention sur ce qu’elle appelle une lacune théorique dans l’étude de la situation des femmes étant que femmes. En ce sens, elle avance que « L’oppression des femmes est vue comme une conséquence secondaire à la lutte des classes telle qu’elle est définie actuellement, c’est-à-dire à la seule oppression des prolétaires par le capital ».
Plus loin, Christine parle d’un certain frein au mouvement féministe. Ceci est dû aux contradictions que révèle la dynamique du mouvement de libération des femmes. Elle rappelle que son objectif n’est pas de faire le procès des contradictions auxquels confrontent le mouvement féministe, mais elle dit vouloir tenter de fournir au mouvement ce dont il a besoin en ce moment. Et, selon elle, le mouvement a besoin d’une analyse matérialiste de l’oppression des femmes.
Elle cite des auteures comme Margaret Benston (1969-1979) et Larguia (1970) qui ont travaillé sur l’oppression des femmes à partir de sa base matérielle. Selon Christine, ces travaux analysent l’oppression des femmes sur « leur participation spécifique à dépasser la seule tache de reproduction reconnue aux femmes dans la famille. En effet, Christine avance que la famille est le lieu d’une exploitation économique : celle des femmes ». Christine croit que l’analyse doit aller plus loin. Elle doit, selon elle, tracer les grandes lignes des perspectives politiques du mouvement en termes d’objectifs, de mobilisations et d’alliances politiques.
Plus loin, Christine Delphy met l’accent sur les rapports de production dans lesquels entrent les femmes. D’entrée de jeu, elle soutient que dans toutes les sociétés, socialistes ou pas, c’est le travail gratuit des femmes qui assure l’élevage des enfants et les tâches domestiques. Ainsi, selon elle, le travail des femmes est exclu du domaine de l’échange, il n’est pas compté étant que travail productif.
Elle prend l’exemple de la France où aujourd’hui le travail des femmes est non seulement non rémunéré quand il s’agit de produits pour l’usage domestique, mais également quand il s’agit de produits pour le marché. Ceci s’applique dès que c’est la famille qui se charge de la production.
L’auteur soutient « qu’historiquement et étymologiquement la famille est une unité de production ». Elle mentionne toute l’incompréhension que ça soulève lorsque la femme exige un salaire comme les fils l’exigent de leurs pères. Elle parle également de l’auto consommation. Ce qui se produit généralement dans les milieux paysans.
En ce sens, Christine resume que «Hommes et femmes créent ensemble des valeurs d’usage ». Elle fait remarquer que « tous les services domestiques existent en fait sur le marché : les charcutiers et restaurateurs offrent des plats tous préparés ». Sa conclusion est que « L’exclusion du travail des femmes du domaine de l’échange ne résulte pas de la nature de leur production puisque leur travail gratuit s’applique : à la production de biens et services qui arrivent et sont échangés sur le marché ; à la production de biens et de services qui sont rémunérés dans la famille.
Par la suite, Christine attire l’attention sur ce à quoi l’exploitation de la force de travail de la femme est aujourd’hui réduite. Elle continue pour dire qu’ « avec l’industrialisation, la famille est dépossédée de sa fonction d’unité de production ».
Christine Delphy considère « La fourniture gratuite de travail dans le cadre d’une relation globale et personnelle (le mariage) » comme un rapport d’esclavage. Le mariage permet en effet l’appropriation et l’exploitation de la force de travail des femmes. Le mariage permet également une confusion du statut des femmes. Généralement, on prend la femme d’un bourgeois pour une bourgeoise. Ce qui n’est souvent pas le cas pour Christine Delphy. « Et finalement la « réintégration » des femmes dans les classes par leur définition comme propriété du mari a pour objet précisément de voiler le fait qu’elles sont une propriété du mari ». En conclusion, Christine croit que « l’exploitation patriarcale constitue l’oppression commune, spécifique et principale des femmes ». Par rapport aux perspectives politiques, pour elle, « il importe de savoir en quoi consiste le patriarcat pour comprendre dans qu’elle mesure il est théoriquement indépendant du capitalisme. Seule cette compréhension permettra de rendre compte de l’indépendance historiquement constatée entre ces deux systèmes ». En ce sens, elle croit qu’ « À ce prix seulement il est possible de fonder matériellement l’articulation des luttes anti patriarcales et anti capitaliste ».
Auteur: Rubens Avril

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